Connaissez-vous Gini ?
Connaissez-vous Gini ? La célèbre boisson gazeuse ? Celle qui nous propose des spots publicitaires torrides ? Non, je voulais parler du coefficient de Gini.
Le coefficient de Gini permet de mesurer les inégalités de revenus à l’intérieur d’une population donnée. Son calcul est basé sur l’écart entre les revenus dans la population considérée : sur une échelle de 0 à 1, plus le chiffre est élevé, plus les inégalités de revenus sont fortes. De façon purement théorique, si le coefficient de Gini est égal à 0, l’ensemble de la population dispose de revenus strictement identiques ; à l’opposé, s’il est égal à 1, un seul individu concentre l’ensemble des revenus de la population.
Grâce à ce coefficient, on peut notamment comparer les inégalités de revenus entre pays mais aussi, à l’intérieur d’un même pays, mesurer l’évolution des inégalités de revenus dans le temps.
Si l’on observe en premier lieu les écarts entre pays, on s’aperçoit que ceux où le coefficient de Gini est le plus bas (en général inférieur à 0,27), donc où les inégalités de revenus sont les plus faibles, sont le Danemark, la Finlande, la Suède, la Norvège et le Japon. À l’inverse, on observe les inégalités de revenus les plus fortes (indice proche de ou supérieur à 60) en Sierra Leone, à Haïti, au Lesotho, en Namibie…
Quid des grands États développés ou en cours de développement ? Les différences y sont significatives et traduisent le choix politique de société qui y a été effectué :
- Allemagne : 0,283
- Canada : 0,326
- France : 0,327
- Espagne : 0,347
- Australie : 0,352
- Italie : 0,360
- Royaume-Uni : 0,360
- Inde : 0,368
- Russie : 0,399
- États-Unis : 0,408
- Mexique : 0,461
- Chine : 0,469
- Brésil : 0,570
Le modèle anglo-saxon (Australie, Royaume-Uni, États-Unis) génère donc plus d’inégalités de revenus qu’un modèle nord-européen (Allemagne, Danemark, Suède…), la France, l’Italie et l’Espagne tenant une position médiane entre ces deux profils. Parmi les pays en cours de développement rapide, il est intéressant de constater que, malgré son système de castes, l’inégalités de revenus est moindre en Inde qu’en Russie ou en Chine. Dans ces derniers pays, il est clair que l’expansion économique des 10 dernières années n’a profité qu’à une minorité qui a accaparé l’essentiel de la richesse produite.
Il est tout aussi intéressant d’étudier l’évolution des inégalités dans les différents groupes de pays depuis une quarantaine d’années. Que constate-t-on ?
Dans le groupe anglo-saxon, après avoir été stables durant la période 1960-1980, les inégalités de revenus se sont accrues depuis 1980 (années Reagan, années Thatcher). La politique libérale (conservative selon la dénomination anglo-saxonne) a clairement avantagé les plus riches, accroissant les écarts et les inégalités de revenus.
Dans le groupe nord-européen, le coefficient est relativement stable depuis une quarantaine d’années, la social-démocratie à la scandinave ayant manifestement amorti le choc des inégalités qui s’est développé dans le monde anglo-saxon.
En France, Italie et Espagne, après avoir décru durant la période 1960-2000, on observe globalement une remontée du coefficient (notamment en Italie), donc une augmentation des inégalités, depuis le début du XXIe siècle. L’influence du modèle anglo-saxon est patente et, dans un pays comme la France, il est certain que la loi TEPA qu’a fait voter Nicolas Sarkozy durant l’été 2007 va accentuer le phénomène : en réduisant l’impôt sur les successions, en favorisant les donations, elle avantage les Français les plus fortunés et contribue donc à concentrer la richesse.
Quant aux pays en développement rapide, l’analyse fait apparaître que la Chine et la Russie ont vu leur coefficient augmenter de manière spectaculaire ces 15 dernières années ; celui de l’Inde a également augmenté mais dans des proportions infiniment plus faibles.
Quelle analyse politique tirer de tous ces éléments ? Trois points essentiels :
- Le « libéralisme » économique, présenté depuis une trentaine d’années comme LA solution pour accroître les revenus de tous, n’a en fait profité qu’aux plus fortunés. Ce n’est que dans les pays où le système de répartition des richesses est le plus performant (démocraties scandinaves notamment) que les inégalités de revenus ne se sont pas creusées.
- Ces inégalités de revenus ont avant tout favorisé les revenus du capital. En clair, ceux qui possèdent des valeurs mobilières (actions, obligations) ou immobilières ont vu leurs revenus augmenter. On ne devient pas riche en travaillant.
- L’accroissement des inégalités, qui trouve sa source dans le modèle économique « libéral » anglo-saxon, est un danger majeur pour la démocratie : quand les inégalités s’accroissent, que la classe moyenne est laminée, les seuls moyens de maintenir l’ordre social sont d’une part le « bourrage de crâne » (en langage moderne, communication sur la « bonne gouvernance »), d’autre part la répression (contrôle de la presse, incluant l’assassinat de journalistes comme en Russie, ou les pressions permanentes, comme en France), enfin la volonté systématique de diviser les corps sociaux existants (salariés et retraités du privé contre ceux du public, parents d’élèves contre professeurs, juges contre associations de victimes, habitants des banlieues « correctes » contre ceux de banlieues « à problèmes »…) pour éviter que la majorité des citoyens ne pose la question qui dérange : à qui profite mon travail ?
Lundi
© 2009 La Lettre du Lundi
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janvier 15th, 2009 at 18:58
article très intéressant. Je suis curieux de connaître la réaction de Sarko à une analyse si transparente de sa stratégie. Continuez !
mars 28th, 2009 at 15:57
Vous serez contents d’apprendre que le “Coefficient de Gini des entreprises” est né !
Allez voir http://fr.issuepedia.org/Coefficient_de_Gini_des_entreprises
cela vous intéressera !!!
Achetons “équitable”
août 18th, 2009 at 16:45
Gini et Gini sont des jumeaux : Il y a gini des revenus et gini des richesses.
Le premier de prend pas en comptes les inégalité des richesses pré-existantes ni les revenus financiers ou les assurances vies, ou le patrimoine immobilier.
En 2006, une étude du PNUD démontrait qu’il y avait de gros écarts entre les réelles inégalités des richesses et les inégalité des revenus. La Chine par exemple, arrivait non seulement devant l’Inde, mais aussi les USA.
Domage que le PNUD ne publie pas les coéficient Gini des richesses dans son rapport annuel.