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Une « conscience de gauche » au Palais…

Dimanche, février 22nd, 2009

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« La conscience de gauche de Sarkozy » : quand un grand hebdomadaire français, propriété du groupe Artemis appartenant à la famille Pinault, affiche un tel titre sur tous les kiosques de France, on quitte le domaine de la vie privée et du people pour entrer de plain-pied dans la politique. Dans cette campagne de communication, le fond de l’article n’a qu’une importance secondaire, au sens étymologique du terme : ce qui compte, c’est que sur des milliers de kiosques à journaux s’étale l’affiche, passe le message et rentre dans la tête des Français que le Président a bien une conscience de gauche.

Que nous vend cette campagne de communication ? Comment la décoder ? Quels enseignements en tirer ? Quelques semaines après son lancement, voici la lecture que l’on peut en tirer « à froid », le message qu’elle cherche à faire passer :

  • Le Président s’est, grâce à son épouse, ouvert à de nouveaux horizons et a désormais une conscience politique de gauche, une ouverture aux idées nouvelles, la capacité de comprendre le « peuple qui souffre », etc. Le premier objectif de cette campagne est donc de nous faire croire que Sarkozy est de plus en plus « complet », que sans renier les idées (et l’électorat !) qui l’ont porté à l’Élysée, il a désormais la capacité, dans son immense sagesse et sa clairvoyance suprême, de s’ouvrir à de nouveaux horizons qu’il va intégrer à sa politique.
  • Deuxième partie du message : la gauche étant à l’Élysée, pourquoi voulez-vous qu’elle soit ailleurs ? Pourquoi une opposition en dehors du Palais alors que celui-ci en possède déjà une, la mieux placée pour avoir l’oreille du Président ? C’est au Palais que tout se joue et la Première dame est la meilleure représentante des pauvres et des opprimés. N’est-elle pas d’ailleurs « ambassadrice mondiale pour la protection des mères et des enfants contre le sida » ?

On assiste là au mélange détonant d’une communication politique XXIe siècle à la Big Brother (le Président est tout) bâtie sur les ruines de la tradition monarchique française où le roi est l’ensemble des Français, le corps social français dans son ensemble.

Cette entourloupe de communication présente un avantage majeur : concentrer l’attention des Français sur un détail de la vie de la Cour, résumer et symboliser la vie de la France à travers la relation entre le Président et son épouse. Si une femme de gauche a trouvé le bonheur avec un homme de droite, il peut – il doit – en être de même pour la France : le peuple de gauche peut être heureux avec un homme de droite à la tête du pays. Puisque l’exemple vient d’en haut, la sérénité de la relation conjugale doit être transposée à l’ensemble des Français : une fois de plus, on retrouve ici la volonté de transposer à la vie politique d’une République le schéma culturel d’une monarchie absolue

Monarchie absolue ou plutôt « Petit père des peuples du XXIe siècle », cette conception du pouvoir est révélatrice de la régression démocratique qui touche les institutions, les médias et, plus généralement, le fonctionnement global du pouvoir politique (voir Un faisceau d’indices inquiétants). On peut cependant craindre que cette dérive supplémentaire ne suscite ni réprobation, ni protestation, et ce pour deux raisons principales :

  • d’une part, la tendance monarchique le dispute sans cesse en France à l’idéal républicain, d’où la relative facilité avec laquelle des régimes comme l’Empire ou l’État français ont pu s’installer, en profitant généralement d’un consensus populaire en période de trouble. Nicolas Sarkozy sait parfaitement jouer de cette corde, attisant d’abord les tensions pour se poser ensuite en recours, et emploie sans vergogne son épouse dans ce dispositif où il doit apparaître comme le Sauveur Suprême capable de réconcilier les Français ;
  • d’autre part la peopolisation de la vie politique constitue un terrain extrêmement favorable pour ce genre de communication. La « société du spectacle », modèle culturel dominant qui lobotomise les Français depuis 20 ou 30 ans, ne se nourrit pas de raisonnements et d’arguments mais d’images et de concepts très simplistes : les bons, les mauvais, les gentils, les méchants… Carla Sarkozy sert ici de contre-feu jouant le rôle du gentil face à un méchant Sarkozy, et tous de se dire : « Nous devons la soutenir, elle va le pousser à prendre telle ou telle décision. » C’est exactement ce qu’attendent le Président et ses experts en communication : que la pièce de théâtre ne se joue qu’entre les quatre murs de l’Élysée, le Peuple « souverain » n’étant alors plus que simple spectateur.
  • Lundi
    © La Lettre du Lundi 2009