Démolisseurs, prédateurs et fossoyeurs de la démocratie
Vous croyez encore vivre en démocratie ? Alors, ouvrez les yeux ! Notre république est véritablement en danger !
La France est entre les mains d’un clan de démolisseurs, de prédateurs et de fossoyeurs de la démocratie. Le terme vous semble fort, excessif ? Jugez-en vous-même.Qu’ont-ils déjà démoli ?
● Le Code du travail : la loi L 2008-789 du 20 août 2008 portant « Rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail » permet désormais à toute entreprise, par un simple accord d’entreprise signé par un syndicat représentant « au moins 30 % » des voix aux élections professionnelles, contre 50 % auparavant, de modifier le plafond d’heures supplémentaires autorisées.
Imaginez ce que cela peut donner dans une petite ou moyenne entreprise, où l’employeur a les moyens de faire pression sur le représentant syndical, ou dans une entreprise en difficulté, quand la négociation s’effectue sous la menace de licenciements !
● L’image de la France à l’étranger : le mépris affiché par Sarkozy vis-à-vis de nos partenaires européens, de notre allié allemand en particulier, l’humiliation infligée par Khadafi lors de sa visite à Paris, le bradage de l’indépendance de la France via sa soumission à l’OTAN, tout cela affaiblit dangereusement l’image de la France, donc sa capacité à peser sur les affaires du monde.
● Plus grave encore, la confiance, détruite par le mensonge, et ce dans tous les domaines :
○ social : le gouvernement, contrairement à ses promesses (Xavier Bertrand, ministre du Travail, le 24 janvier 2008, en réponse à une question du député Antoine Dupont : « Je crois que chacun aura à cœur de respecter l’autonomie des partenaires sociaux, car cela recouvre aussi le respect de l’accord qu’ils ont signé. »), a trompé les syndicats de salariés.
Quatre mois après la signature de l’accord patronat-syndicats du 11 janvier 2008 sur la Modernisation du marché du travail, accord déjà négocié sous la menace gouvernementale d’une loi plus dure, la majorité UMP a voté la loi de « Modernisation du marché du travail » du 25 juin 2008. Or, celle-ci va au-delà de l’accord du 11 janvier, notamment sur l’allongement de la période d’essai, la rupture conventionnelle (séparation de gré à gré où le salarié se retrouve seul face à son employeur) et la création du contrat de mission.
○ institutionnel : alors qu’une réforme constitutionnelle a été votée pour augmenter les pouvoirs du Parlement, celui-ci est aujourd’hui « aux ordres », considéré comme « moins que rien » par un Président dont le style de gouvernement s’apparente à celui d’un Poutine ou d’un Berlusconi.○ défense nationale : alors que celle-ci est bradée (voir articles OTAN : tout ce qu’on vous cache et Quelle autonomie stratégique pour la France ?), le discours officiel reste celui d’une défense nationale puissante, indépendante et totalement souveraine.
Qu’ont-ils déjà pris ?
L’idéologie inspirée des conservateurs américains qui guide l’équipe Sarkozy repose sur une idée simple : s’appuyer sur les plus riches en renforçant les inégalités et en ruinant l’économie publique afin de la transférer au privé. Trois exemples illustrent parfaitement cette stratégie :
● Cadeaux fiscaux aux plus riches des Français (le fameux « bouclier fiscal »), avec l’alibi que cela va favoriser la croissance. Quelqu’un a-t-il vu la croissance s’améliorer depuis juillet 2007, date de cette trop fameuse loi TEPA ?
● Privation de publicité pour les chaînes publiques de télévision.
Objectif : enrichir les chaînes privées TF1 (Bouygues), Direct8 (Bolloré), Gulli (Lagardère) et supprimer le seul média de communication télévisuelle critique à l’égard du pouvoir.
● Cadeaux, par milliards d’euros, aux banques, sans exiger de leur part un engagement contrôlable à ouvrir le robinet des prêts, ni à céder des sièges pour l’État à leur conseil d’administration pour les contrôler.
Objectif : affaiblir l’État qui devra demain privatiser certaines de ses fonctions régaliennes (copiant ainsi l’administration Bush qui, en Irak, a choisi de sous-traiter à des milices privées un nombre croissant de missions, pour le plus grand profit des dirigeants et actionnaires des sociétés sous-traitantes). Retrouvera-t-on demain Sarkozy au conseil d’administration d’une société qui aura profité de cette grande braderie ?
Fossoyeurs de la démocratie
Le mot fossoyeur vous paraît exagéré ? Voyez ci-dessous quelques exemples que vous compléterez vous-même :
● Le chef de l’État nomme désormais le Président de la télévision publique et de la radio publique. Où est l’indépendance de ces média ?
● Les députés de la majorité, malgré les apparences, sont aux ordres. Voyez la récente reprise en mains de ceux-ci, priés d’être bien présents pour adopter en deuxième lecture (le projet avait été rejeté en première lecture) la loi Hadopi « favorisant la diffusion et la protection de la création sur internet ».
Les ministres eux-mêmes sont prestement rappelés à l’ordre en cas de parole jugée trop libre (rappelez-vous du cas de Madame Kosiusko-Morizet fin 2008).
● Les media de masse sont entre des mains amies du pouvoir : Bouygues, Bolloré, Lagardère, déjà cités pour les chaînes de télévision privée, Dassault (Le Figaro), Bolloré (Direct Matin et Direct Soir) pour la presse écrite.
● Fait moins connu, le nombre annuel de personnes placées en garde à vue a doublé depuis 2003, année de nomination de Nicolas Sarkozy au ministère de l’Intérieur. La sécurité publique a-t-elle pour autant progressé ? Ou le but (inavoué) est-il que chaque citoyen, craignant d’être gardé à vue pour un motif futile, s’auto-censure et limite lui-même sa liberté ?
● Julien Coupat est en garde à vue depuis 6 mois avec, selon ses avocats, comme seule « preuve » à charge contre lui, un livre dont il est l’auteur ! On peut ne pas approuver les idées défendues dans ce livre. Il reste que, dans la France de 2009, on peut être emprisonné pour ses idées.
Si vous êtes conscient de la régression démocratique qui se joue sous nos yeux et soucieux du rang de la France en Europe et dans le monde, cette « majorité silencieuse » va devoir s’éveiller avant qu’il ne soit trop tard !
Trop tard ? À l’occasion d’un débordement de violence plus dramatique, motivé par les licenciements et les salaires ou bonus scandaleux de certains dirigeants, voire provoqué délibérément (rappelez-vous le retard remarqué du gouvernement à réagir aux manifestations en Guadeloupe et à celles des enseignants-chercheurs), le pouvoir en place pourrait décider de faire voter par ses parlementaires aux ordres un régime d’exception, de type état d’urgence et gouvernement par ordonnances, où les libertés individuelles n’auront plus droit de cité.
Faire l’autruche face à un tel risque et, après des années d’intimidation, se taire et se résigner, c’est ce que souhaiteraient Sarkozy et les lobbyistes qui l’entourent. Mais ce serait aussi collaborer avec ces fossoyeurs, ces prédateurs et ces démolisseurs de la démocratie !
Mardi
© La Lettre du Lundi 2009
mai 11th, 2009 at 08:38
S’il est possible de partager beaucoup de ces idées, s’il est possible de faire un constat qui, dans l’ensemble, est identique, je reste sur ma faim quant aux moyens d’action démocratiques.
Comme vous avez souvent des idées originales , je vous saurais gré d’une réflexion sur ce thème : Comment agir démocratiquement et efficacement???
Merci
( ce thème est peut être déjà contenu dans vos archives ? je suis un lecteur récent)
mai 12th, 2009 at 11:13
Merci de nous avoir posé cette question. Comme vous, nous nous la posons fréquemment et, sans entrer aujourd’hui dans le détail, nous pouvons vous apporter les éléments de réflexion suivants :
· Premier élément de réflexion : « comment agir démocratiquement et efficacement ? » Peut-on être efficace et démocrate ? Les deux sont-ils 100 % compatibles ? Dans l’affirmative, comment ?
· Deuxième élément de réflexion : la démocratie. La démocratie n’est pas plus « jolie » ou plus « gentille », elle est aussi plus puissante car elle permet de mettre en œuvre le processus suivant :
o le temps du débat permet de voir tous les aspects d’une question et d’éclairer la prise de décision nécessaire qui doit suivre ;
o la perte d’efficacité existe quand la décision n’est pas, ou mal, prise ;
o troisième temps : celui de l’application de la décision.
o quatrième étape, celle de la pédagogie : débattre, dire ce que l’on va faire, faire ce que l’on a dit, faire valoir ce que l’on a fait.
· Troisième élément de réflexion : à quel niveau situer l’analyse ? A un niveau très conceptuel, comme le philosophe JP Dupuy par exemple, qui estime que la seule fonction du politique aujourd’hui est de retarder une inévitable apocalypse (je n’entrerai pas ici dans les détails, fort intéressants au demeurant) ? Ou à un niveau beaucoup plus opérationnel, en avançant des propositions concrètes sur la fiscalité, l’éducation, la santé, etc. ?
Nous aborderons ces différentes réflexions dans les semaines et les mois à venir. Dans l’immédiat, nous souhaitons avant tout qu’un nombre croissant de citoyens prennent conscience de l’évolution dramatique de notre société, tant au niveau « macro » que « micro », et disposent d’une grille de lecture des événements et de l’évolution du monde qui ne soit pas uniquement celle du journal de TF1.
L’équipe de La Lettre du Lundi