L’Afghanistan, tombeau de nos ambitions infondées

Il est une entreprise non moins importante et plus difficile, c’est de confondre par une énergie constante les intrigues éternelles de tous les ennemis de notre liberté, et de faire triompher les principes sur lesquels doit s’asseoir la prospérité publique

Robespierre 

Nous avons tous en mémoire les soldats français morts dans une embuscade voici presque un an. Il y a quelques jours, trois soldats allemands ont été tués en patrouille près de Kunduz, comme trente-trois de leurs camarades précédemment.
  
Combien de morts inutiles pour une guerre sans stratégie faudra-t-il pour retirer les soldats français de ce bourbier ? D’autant plus inutile que la moyenne d’âge de nos 3 000 soldats est de 23 ans : chaque jour, cette « sale guerre » leur inflige des traumatismes identiques à ceux que les soldats américains ont connu et connaissent encore, au retour du Vietnam ou d’Irak.
  
Vouloir une fois de plus imposer un pouvoir central désigné à Washington autour de Hamid Karzaï pour ensuite l’étendre à l’ensemble du pays est aujourd’hui un échec sur tous les plans.
  
Échec militaire car aucune zone n’est contrôlée
vraiment, y compris celle de Kaboul. Les ingénieurs militaires n’arrivent pas à sécuriser les routes d’approvisionnement, malgré la mise en œuvre de moyens de plus en plus sophistiqués et coûteux.
  
Échec militaire car le conflit s’élargit maintenant officiellement au Pakistan, obligeant les États-Unis à entrer dans un combat de haute intensité à 100 km d’Islamabad. Il y a également élargissement au nord autour de la base américaine de Manas au Kirghizistan, cruciale au ravitaillement des troupes de l’OTAN, et récemment maintenue avec l’accord de Moscou moyennant 177 millions de dollars.
  
Chaque perte dans la population locale stimule la combativité des guérilleros et permet le recrutement de nouveaux Talibans. À chaque bombardement, seule action militairement efficace, les nombreux morts parmi les civils renforcent le soutien de la population aux insurgés. 75 % de la population vit dans des villages de montagnes escarpées, sur un territoire grand comme la France.
  
Échec évident au plan de la lutte antiterroriste : Al-Qā’ida se réinstalle au Maghreb, rapprochant de l’Europe une menace terroriste qui augmente dans le monde.
  
Échec au plan de la lutte antidrogue, l’Afghanistan fournissant à ce jour 93 % de la cocaïne du monde entier.
  
Échec économique : pas de construction d’infrastructures, pas d’agriculture, pas d’industrie, pas d’écoles, pas d’armée, pas de police, pas d’artisanat. Comment un pays peut-il retrouver la paix lorsqu’il ne dispose pas de toutes ces nécessités de base ?
  
Échec politique enfin. Quand, en octobre 2001, Kaboul tombe et les Talibans fuient, c’était la réponse aux attentats du 11 septembre et la volonté d’en finir avec Al-Qā’ida et Ben Lāden. Aujourd’hui Ben Lāden est vivant, Al-Qā’ida se porte de mieux en mieux et l’unité nationale afghane n’existe pas, et ne peut exister.
  
  
À travers la réintégration dans l’OTAN (voir OTAN : tout ce qu’on vous cache), qui entraîne l’augmentation du contingent français en Afghanistan à la demande des Américains, notre pays est pris au piège d’un engrenage guerrier qui s’étend progressivement à l’est et au nord de l’Afghanistan. Il n’y a rien de pire que de lancer des opérations militaires d’envergure dans une véritable poudrière : en allumant la mèche à Kaboul, l’incendie se propagera à Téhéran, Bagdad, Damas, Beyrouth et Tel-Aviv. La France est rattrapée par les zones d’ombre de l’attentat de Karachi alors que l’Iran, le Liban, la Palestine, Israël sont eux-mêmes déstabilisés.
  
On peut même s’interroger sur le lien qui pourrait exister entre le renforcement de notre présence en Afghanistan et la disparition, à quelques jours d’intervalle, de deux avions transportant des ressortissants français, l’un au-dessus de l’Atlantique, l’autre de l’Océan indien.
  
Il est grand temps d’économiser nos hommes et notre argent, d’avoir le courage de décider enfin de partir d’Afghanistan. Le brigadier Mark Carleton-Smith, la plus haute autorité militaire britannique en Afghanistan, déclarait le 5 octobre 2008 au Sunday Times : « nous n’allons pas gagner la guerre en Afghanistan. » Il y commande les troupes britanniques. Et le président Obama retire ses troupes d’Irak.
  
  
En conclusion, il faut partir d’Afghanistan pour quatre raisons majeures :

● Tous ces morts français, civils et militaires, sont victimes d’une politique étrangère totalement incohérente, signée Nicolas Sarkozy, qui tourne le dos à toute notre histoire.
Nos intérêts historiques, économiques, politiques et culturels ne passent pas par l’Afghanistan.
● Nous allons avoir besoin de toutes nos forces rassemblées pour faire face à un avenir proche d’hyper-violence. Assurer la sécurité du territoire, de la population et des sites stratégiques est aujourd’hui une priorité et nécessite la présence de tous nos soldats sur le sol national.
● Il nous faut redéfinir une stratégie globale cohérente avant tout engagement de forces, c’est-à-dire :
○ énoncer nos priorités : Europe, Afrique, Moyen-Orient, défense de nos intérêts fondamentaux, diplomatie d’influence, rayonnement culturel, francophonie ;
○ définir par voie démocratique, c’est-à-dire au sein des commissions parlementaires concernées et du Parlement, qui sont nos alliés, nos partenaires, nos adversaires, nos ennemis.

À l’inverse, nous avançons actuellement sans vision globale claire, dans des actions non coordonnées, coûteuses en hommes, en argent et en lisibilité, sans parler de l’attitude arrogante de notre gouvernement à l’endroit de beaucoup de peuples et du mépris affiché par le chef de l’État à l’égard de chaque soldat.
  
Pour arrêter ce gâchis, nous devons impérativement construire en 2012 une alternance politique de rassemblement de l’immense majorité de nos concitoyens, cohérente et exclusivement centrée sur les intérêts du peuple français, la prospérité publique et sur notre liberté d’action.
  
  
Gavroche
© La Lettre du Lundi 2009

2 Responses to “L’Afghanistan, tombeau de nos ambitions infondées”

  1. Lorie Says:

    Une raison de plus,l’Afghan moyen n’est pas responsable des agissements de Ben Laden!De plus si on laissait l’Afghanistan tranquille la 3e raison n’existerait plus!Grace aux refus de Chirac d’attaquer l’Irak toutes les attaques terroristes se sont arretées en France!ça va recommencer à cause de Sarkozy!

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