Le dauphin Jean
Le terrain avait été bien préparé : dès février 2009, L’Express titrait : « La dynastie Sarkozy. Comment le Président prépare son fils »… et comment on préparait déjà les Français à cette pitrerie, cette parodie de République mais cette réalité d’Ancien Régime : la dévolution héréditaire du pouvoir, ou plutôt sa transmission à l’intérieur d’une caste de plus en plus fermée.
Pour crédibiliser cette communication et lui donner plus de poids, les experts en la matière avaient trouvé l’argument-choc : le fils est mieux que le père ! Vous avez aimé Nicolas, vous adorerez Jean ! Ce dernier avait eu en effet l’habileté de déclarer : « Je n’ai pas hérité de toutes les tares de mon père » à la question d’un journaliste sur sa vie privée. Évitons l’ironie facile pour nous concentrer sur le message et les conséquences politiques d’une telle déclaration : l’objectif était de créer un capital de sympathie pour l’héritier, rendant « légitime », « crédible », « attendue », « espérée », « souhaitable » (merci de compléter la liste des adjectifs laudatifs) son ascension vers le pouvoir.
Il est maintenant temps de commencer à récolter les fruits de cette belle communication : le 4 décembre prochain, Jean Sarkozy sera élu président de de l’Établissement public d’aménagement du quartier d’affaires de la Défense (EPAD), lequel EPAD sera très prochainement fusionné avec l’Établissement public d’aménagement Seine-Arche (Epasa), chargé d’urbaniser une partie de la ville de Nanterre ; rien n’est trop beau pour le fils du Prince.
Le résultat ? À 23 ans, avec pour tout bagage un niveau de 2e année de droit et après avoir hérité du siège de papa au Conseil général des Hauts-de-Seine, le dauphin Jean reçoit un formidable cadeau, un fromage extraordinaire, un outil d’influence et de pouvoir doublé d’une « pompe à fric » grand format pour qui a besoin de financer des (futures) campagnes électorales.
Cet héritage digne des plus belles heures de l’Ancien Régime se déroule dans une indifférence totale du bon peuple : celui-ci est distrait par la grippe H1N1, l’augmentation du nombre d’accidents sur les routes, la victoire de l’équipe de France de foot sur les îles Féroé, la vie sexuelle du ministre de la Culture (relire notre billet sur l’écran de fumée qui fonctionne à nouveau), bref les mille et une bêtises qui permettent d’oublier l’essentiel.
Le phénomène est-il purement français ? Malheureusement non. Il s’est accentué ces dix dernières années, touchant essentiellement deux types de pays : d’une part les non-démocraties et les « faibles démocraties », d’autre part les démocraties en déclin.
Parmi les premières, aux prises de pouvoir violentes des années 1950-1980 a succédé le régime héréditaire ou, en tout cas, la préparation de l’opinon publique à la dévolution héréditaire ou familiale du pouvoir : Égypte (le fils d’Hosni Moubarak, Gamal, se prépare à succéder à son père), Lybie (bagarre de succession entre les deux fils de Khadafi, Seïf al-Islam et Al Mouatassem Billah), Maroc (là, c’est une monarchie héréditaire…), Sénégal (Abdoulaye Wade prépare son fils Karim à lui succéder), Togo (Faure Gnassingbé a pris la place de son père Eyadéma), Gabon (le fils Ali vient de succéder à « Papa Bongo » après une parodie d’élection), République démocratique du Congo (Joseph Kabila a remplacé son père Laurent), Guinée équatoriale (le fils Obiang est un dauphin potentiel)…
Sur d’autres continents, mentionnons la Corée du Nord (Kim il-Jong le père, Kim il-Sung le fils, et maintenant Jong-un, le petit-fils, en lice pour la succession), le Pakistan (Benazir Bhutto était certes la principale figure de l’opposition mais c’est son fils et son mari qui lui succèdent…) et Cuba où Raúl a succédé à son frère Fidel. La liste est certainement incomplète, je vous laisse le soin d’y ajouter les chaînons manquants…
Dans les démocraties en déclin, deux exemples sont particulièrement révélateurs : ceux de la France et des États-Unis.
Nous venons d’évoquer le cas de la France. Aux États-Unis, Bush fils a succédé à Bush père et les Républicains commencent à miser sur Jeb, frère de « W » et ancien gouverneur de Californie. Du côté démocrate, Hillary Clinton a bien failli succéder à Bill…
On ne peut s’empêcher de penser à la Rome impériale où le pouvoir – et le titre d’empereur – étaient l’apanage de quelques grandes familles. Comment cela a-t-il fini ? Mal, évidemment. Corruption, intrigues de cour, perte de l’identité, accroissement des inégalités… tous ces phénomènes, Rome y a été confrontée comme les démocraties en déclin les connaissent aujourd’hui.
Alors, cette « aristocratisation » du pouvoir est-elle le signe avant-coureur d’un Moyen-Âge qui s’annonce ? La seule évocation d’une telle possibilité ne déclenche aujourd’hui que sourires amusés et regards condescendants. L’idée d’un « progrès perpétuel », la confusion entre innovations technologiques et progrès général de la société est en effet tellement ancrée qu’elle annihile souvent toute capacité d’analyse et d’anticipation. Là est l’erreur fatale, celle qui consiste à considérer comme définitivement acquises des victoires qui ne sont au fond qu’éphémères : dans l’histoire de l’humanité, aristocratie et monarchie se taillent la part du lion, la démocratie n’étant que trop rare et trop transitoire…
Lundi
© La Lettre du Lundi 2009
octobre 11th, 2009 at 19:41
Article très intéressant et vrai!On nous amuse avec de fausses nouvelles pour nous cacher la vérité!Cependant frédéric M. et Polanski sont quand meme des personnes peu fréquentables(meme si par ailleurs se sont des très grands),et s’ils s’appelaient tous deux Mohamed,ils seraient en prison et tout le monde trouverait ça très bien!
octobre 11th, 2009 at 19:53
Moi je trouve ça très bien que Mr. Le président de la République ait nommé son fils à l’Établissement public d’aménagement du quartier d’affaires de la Défense. J’ai confiance en Mr. Le président de la République et je sais que son fils saura nous défendre comme il se doit.
octobre 12th, 2009 at 16:50
En effet, Jean est bien préparé à son prochain rôle: déjà en deuxième année de droit, pratique héréditaire fort précieuse des moeurs politiques, relations paternelles fort opportune avec les grands du BTP ses futurs interlocuteurs.
Cet article est très pertinent , n’en déplaise à Lounise.
octobre 14th, 2009 at 10:02
L’art du contre feu:
Vous souvenez-vous qu’il y a peu de temps encore, l’opposition demandait la démission de M. Brice Ortefeu? Déjà oublié! Comment? On a fait un joli contre-feu avec l’affaire Mittérand.
Autre type de contre-feu: annoncer en dehors de tout enjeu électoral ce qui peut choquer. Lors des régionales, l’électorat se sera habitué à l’idée de dynastie politique.
Les Français sont des veaux disait de Gaulle…
octobre 14th, 2009 at 12:26
Oui,mais les veaux deviennent des taureaux!
Comme réponse,de Gaulle a eu droit à 68.Auparavant,il y avait eu 1789,la Commune etc…
Plus de 2 millions de personnes ont participé à la votation contre la privatisation de la poste ce qui prouve bien que le veau commence à s’énerver.