Prends l’oseille et tire-toi
En marge des grandes manœuvres à droite de l’échiquier politique – au sujet desquelles nous aurons probablement l’occasion de revenir dans de prochains billets – s’est déroulé cette semaine un événement d’une portée très symbolique : le procès d’Antoine Zacharias, ancien PDG de Vinci, devant le tribunal correctionnel de Nanterre.
Antoine Zacharias était poursuivi par un petit actionnaire de Vinci qui lui reprochait non d’avoir été personnellement lésé par ses manœuvres (si le cours de l’action avait anormalement baissé, par exemple) mais un montant de rémunération « manifestement excessif et disproportionné » lorsqu’il était aux commandes du leader mondial du BTP : 4,2 millions d’euros de salaire annuel, près de 13 millions d’euros d’indemnités de départ, une retraite annuelle complémentaire de 2,1 millions d’euros… sans oublier des stock options lui permettant de se constituer un petit matelas d’une centaine de millions d’euros.
Avant de poursuivre plus avant, une mise en perspective : 4,2 millions d’euros de salaire annuel, c’est un peu plus de 2 500 euros par heure. En résumé, uniquement avec son salaire, Antoine Zacharias gagnait en 30 minutes la même somme qu’un smicard en un mois…
Bien sûr, et c’est sur ce point que reposait la défense de Zacharias, tout ceci était parfaitement légal : le comité des rémunérations de l’entreprise (certes nommé par Zacharias et c’était là le « maillon faible » de sa défense) et le conseil d’administration avaient approuvé le versement de ces montants.
Le tribunal correctionnel n’avait donc pas d’autre choix que d’acquitter Zacharias car la preuve de l’intention frauduleuse n’avait pas été apportée par le ministère public, lequel a cependant décidé de faire appel.
Au-delà de ce cas d’espèce, au demeurant très significatif, au-delà de la question de la rémunération des patrons, ce procès a une valeur symbolique, de prise de conscience : il pose en termes très directs d’une part la question de l’écart grandissant entre légalité et morale, d’autre part celle de la répartition de la richesse dans notre société.
On savait depuis longtemps qu’une décision, qu’elle soit judiciaire ou politique, pouvait être légale sans être pour autant morale ni légitime. Le sujet a fait couler beaucoup d’encre mais, depuis le début des années Sarkozy, ce n’est plus d’un écart entre légalité et morale qu’il faut parler, mais d’un véritable gouffre.
En effet, comment ne pas voir un parallèle troublant entre un Sarkozy dont une des premières décisions, à peine arrivé au pouvoir, a été de tripler son salaire et un Zacharias qui emploie des méthodes identiques dans la société qu’il dirige ? Légalement incontestable, moralement répugnante : c’est la formule qui résume sans doute le mieux l’attitude d’un Zacharias ou d’un Sarkozy face à l’argent. Une attente pourtant essentielle des citoyens, celle d’une rémunération « juste » pour le travail effectué, est évidemment totalement anachronique, presque « gentiment ridicule », face à des pratiques de malfrat dont l’exemple est donné au plus haut niveau.
Quid maintenant de la seconde question que soulève ce procès, celle de la répartition des richesses dans notre société ? Sur cette question essentielle, le silence des politiques est quasiment total. En fait, ils ont choisi de l’édulcorer en ne la traitant que sous des aspects parcellaires : bouclier fiscal, mesurettes visant à réglementer les « parachutes » dorés ou la réglementation des traders, réforme des donations, celle des retraites qui se prépare… mais, volontairement peut-on le supposer, aucune vue d’ensemble, aucune perspective générale. Ou alors, s’ils regrettent les inégalités croissantes, ils ne proposent pas d’objectifs chiffrés, se contentant de déclarations de portée générale, sans valeur contraignante.
La question qui leur est posée est pourtant fort simple : comment veut-on répartir la richesse en France ? Quel est l’objectif chiffré de nos politiques sur ce point, notamment de celles et ceux qui font étalage de leur « ambition présidentielle » ?
De la réponse à cette question découle sans doute une conséquence majeure pour les 30 prochaines années : soit nous continuerons à vivre dans une société républicaine digne de ce nom, soit nous assisterons à l’essor – sans doute déjà engagé – d’un « nouvel Ancien Régime » où, compte tenu de niveaux de richesse extrêmement disparates entre individus, le cloisonnement sera total entre une soi-disant « élite » richissime aux mœurs quasi-mafieuses, et un nouveau Tiers-état dont on n’osera pas prononcer le nom.
Lundi
© La Lettre du Lundi 2010
mars 29th, 2010 at 22:36
C’est fait,et depuis longtemps.La république n’a apporté d’égalité qu’en mots:nous sommes passés d’une aristocratie de la noblesse à une aristocratie de l’argent;elle n’a pas suivi les promesses de la révolution qui est toujours à faire!Nous sommes le vrai Tiers Etat,celui des pauvres qui n’a pour vivre que sa force de travail,qui perd tous ses acquis sociaux:retraite,santé,congé.
mars 30th, 2010 at 09:07
Viva Zacharias !!!
Les généralisations sont souvent trompeuses et réductrices. Que l’on se contrise de la rémunération exagérée d’un dirigeant en échec ou de tel ou tel parachute doré d’un PDG ayant mené l’entreprise dont il avait la responsabilité à la quasi faillite (les exemples sont malheureusement nombreux) me paraît aussi normal que sain.
Mais est-ce le cas de l’entreprise VINCI? Est-ce le cas d’Antoine Zacharias? Cet homme a profondément transformé cette société. De simple entreprise franco-française de ramassage de poubelles (qui voulait devenir éboueur il y a 30 ans?), il en a fait une entreprise internationale de l’environnement. De quelques dizaines de milliers de salariés, il l’a fait croître à plusieurs centaines de milliers. Pour cela il a fallu inventer de nombreux métiers nouveaux et les implanter partout dans le monde. Le but n’est pas de détailler tout cela ici.
Sur le principe, en revanche, il paraît important de ne pas tout mélanger. Si l’on s’offusque de toute rémunération importante, on courre le risque de réduire l’impact des attaques les plus justifiées contre ceux qui n’assument pas leur responsabilité. Car c’est bien de cela qu’il s’agit.
Même si les montants de rémunération diverses d’Antoine Zacharias sont importants, je crois que les 300.000 emplois de Vinci les justifient. On ne peut pas dire qu’un patron est responsabe de tous les maux quand ça va mal, et qu’il n’y est pour rien quand la performance est au rendez-vous.
Notre pays a besoin de grands patrons. Les vrais, les bons, sont rares. Dénonçons les mauvais mais choyons ceux qui permettent encore à la France de rayonner.
Alors… Viva Zacharias !!
Alex
mars 30th, 2010 at 21:33
Un patron a besoin de ses employés;les employés n’ont pas besoin de patron!Ils peuvent très bien faire rouler la boite sans lui,mais évidemment l’esprit change!On ne cherche pas à faire du bénéfice à tout prix,car on n’a plus d’actionnaires,ces nuisibles,ces inutiles!Les ouvriers sont passionnés par leur travail et ne comptent plus leurs heures car ils savent pourquoi,ils se lèvent tous les matins en tout cas pas pour nourrir un exploiteur!
avril 1st, 2010 at 23:37
A l’appui de ce billet, un récent rapport de l’INSEE montre que l’écart se creuse avec les Français les plus riches : http://www.france24.com/fr/20100402-lecart-creuse-francais-plus-riches
Lundi