Après la déculottée…
Dimanche, mars 21st, 2010Une déculottée magistrale : c’est sans doute la formule qui résume le mieux la sanction que viennent d’infliger les électeurs à Sarkozy et son équipe à l’occasion du second tour des élections régionales. Le ras-le-bol à l’égard du « caméléon schizophrène » (voir notre billet) s’est exprimé dans les urnes, les Français désavouant massivement celui qui, après leur avoir enjoint de « travailler plus pour gagner plus », n’a été capable que d’augmenter son propre salaire, de distribuer faveurs et avantages à ses amis et d’apporter un « plus » à la courbe du chômage.
Et maintenant ? L’expression d’un ras-le-bol de la part des électeurs, suivie d’une vague rose et verte dans les conseils régionaux, ne définit pas une politique au plan national. Sur le plan financier, la capacité d’action des régions est assez limitée : celles-ci n’ont pratiquement aucune marge de manœuvre en ce qui concerne la fixation de leurs recettes et ne disposent que d’une latitude relative au niveau des dépenses. En résumé, une vingtaine de présidents de région socialistes ne changeront pas la vie des Français.
Si l’on suit la voie électorale « normale » – car un autre chemin, moins balisé celui-là, est toujours possible compte tenu du sentiment d’écœurement que génère un écart sans cesse croissant entre une classe privilégiée et l’immense majorité des Français – 2012 sera l’année du grand rendez-vous. Et là, tout se complique.
Tout se complique car, face à Sarkozy, les prétendants sont nombreux mais aucun n’émerge, aucun ne « fait la différence ». Il ne s’agit pas de peser ici les qualités et les défauts, les mérites et les faiblesses de Bayrou, de Villepin, Aubry, Strauss-Kahn, Royal, Hollande et tous les autres mais si, suite à une dissolution-surprise suivie d’une victoire de l’opposition, il fallait trouver un Premier ministre d’alternance, aucun nom n’émergerait spontanément.
Alors, quelle est la bonne stratégie pour éviter que Sarkozy, qui n’est plus soutenu que par un Français sur trois, ne soit réélu en 2012 car il ne trouverait face à lui qu’une opposition atomisée, inorganisée, en définitive inaudible ?
Nous avions déjà abordé ce sujet dans de précédents billets (voir Comment se débarrasser de la camarilla Sarko : osons les convergences républicaines et Pascal était républicain) en proposant la « méthode de travail » suivante :
● Première étape : rassembler le plus tôt possible, en un lieu symbolique, le plus grand nombre de représentants de tous ces Français qui ne veulent plus d’un homme qui a été jusqu’à dégrader l’image et la fonction de Président de la République.
● Deuxième étape : proposer pour 2012 que chacun mène sa campagne électorale sous sa propre bannière, tout en exprimant très clairement son engagement à se désister au second tour en faveur du candidat le mieux placé.
● Troisième étape : envisager dès maintenant l’organisation du gouvernement de la République rétablie à l’issue de cette élection, proportionnellement aux résultats du premier tour.
● Quatrième étape : prendre exemple sur le Conseil national de la résistance pour élaborer un programme d’urgence sur deux ans, indispensable au redressement de la Nation.
● Cinquième étape : prévoir, au terme de ces deux ans, la dissolution de l’Assemblée nationale pour que le Peuple français dégage alors une nouvelle majorité politique, ne jugeant les uns et les autres que sur l’efficacité de leur travail au cours de ces deux années écoulées.
Au-delà de cette stratégie nécessaire pour mettre en place une alternance véritablement républicaine, se pose un problème de fond : la tendance de plus en plus présidentialiste du régime, accentuée par l’instauration du quinquennat et la « soumission » du calendrier des élections législatives à celui des élections présidentielles. C’est désormais du tout ou rien.
Tout pour celui qui emporte les élections présidentielles, rien – ou quasiment rien en termes de pouvoir effectif, de capacité de faire bouger les choses – pour le ou les vainqueurs des élections intermédiaires.
Cette dérive présidentialiste du régime emporte une conséquence majeure : on ne peut pas vouloir défendre les notions de « démocratie vivante », « démocratie active » et autres « redonner aux Français confiance en la politique » si tout tourne autour d’un rendez-vous quinquennal, si on continue à monarchiser le pouvoir à ce point, étouffant et balayant tout ce qui n’émane pas du Président.
Ou alors, comme la monarchie absolue a débouché sur la Révolution de 1789, la Cinquième République pourrait bien se terminer sur les barricades…
Lundi
© La Lettre du Lundi 2010