Retraites : l’arnaque
« En 1990, 9,5 millions de retraités
En 2010, 16 millions de retraités
En 2030, 21 millions de retraités. »
Avec des slogans de ce type, dans le cadre d’une campagne de communication de plus de 5 millions d’euros, le trio Sarkozy-Fillon-Woerth a lancé il y a quelques semaines la « réforme des retraites ». Objectif de cette première phase : persuader les Français que « ça ne peut plus durer comme ça », qu’il « va falloir faire quelque chose » et que, compte tenu de l’augmentation du nombre des retraités, nous allons devoir nous résigner à cotiser plus longtemps… et à percevoir moins.
Présenté sous cet angle, le débat est complètement biaisé, faussé. Ne traiter que de la question des retraites en l’isolant du thème beaucoup plus large de la rémunération du travail et de la répartition des richesses, c’est vouloir, dès le départ, que l’arbre cache la forêt.
Prenons donc un peu de recul et revenons aux « fondamentaux » des relations entre coût du travail et partage de la valeur générée par le travail.
Pourquoi rémunère-t-on un salarié ? Tout simplement parce qu’il « rapporte », c’est-à-dire qu’il « dégage » une certaine productivité, créant ainsi, pour son employeur, un montant de richesses supérieur au salaire qui lui est versé.
Cette productivité, cette richesse créée par le travailleur, permet :
– de le rémunérer sous forme de salaire ;
– de dégager une marge, un profit, pour l’entreprise qui l’emploie ;
– de régler les retraites de ceux qui ne travaillent plus (si l’on se trouve dans un système de retraite par répartition) ou de constituer une épargne pour les futurs retraités (dans un système de retraite par capitalisation).
En toute logique, plus la productivité du travailleur augmente, plus il crée de richesses, plus son salaire devrait augmenter, comme devraient croître le bénéfice de l’entreprise et la somme versée ou épargnée pour les retraites.
Est-ce le cas ? Un simple coup d’œil au graphique ci-dessous (source des chiffres : INSEE) va permettre de comprendre l’état de la situation… et la véritable nature du problème.

Comme on le voit, pendant une vingtaine d’années, de 1959 à 1979, tout gain de productivité se traduisait automatiquement par une hausse équivalente des salaires. Et puis, à compter du début des années 1980, tout déraille : la productivité des salariés continue de s’améliorer mais les salaires décrochent. Trente ans après ce décrochage, ils sont aujourd’hui 35 % inférieurs à ce qu’ils devraient être s’ils avaient augmenté en phase avec les gains de productivité !
De plus, ce graphique ne reflète pas un élément aggravant qui a pris naissance à la même époque : plus élevé le salaire, plus forte la hausse dont il a bénéficié.

Ainsi, en 10 ans, les 0,1 % de salariés les mieux rémunérés (environ 13 000 personnes en France) ont vu leur salaire mensuel progresser de 28 %, inflation déduite, soit un gain de 5 426 € par mois (oui, par mois…) alors que 90 % des salariés n’ont enregistré aucune progression significative.
Pour 90 % des salariés, la rémunération est donc restée à peu près la même (inflation déduite) entre 2000 et 2010 ! La conséquence ? En 30 ans, l’écart entre augmentation de la productivité et augmentation des salaires (hormis les salaires les plus élevés) atteint 45 % ! Vous avez bien lu : si, ces trente dernières années, votre salaire avait augmenté dans les mêmes proportions que votre productivité, vous seriez rémunéré 45 % de plus qu’aujourd’hui !
Mais où sont allés tous ces gains de productivité ? Qui en a bénéficié ? Les entreprises, tout simplement, sous la forme d’une véritable explosion des bénéfices, lesquels, ne trouvant pas à s’employer dans l’investissement productif faute d’une demande solvable suffisante, se sont rués vers la finance et l’investissement spéculatif, générant des « bulles » boursières à répétition. Mais ceci est une autre histoire qui fera certainement l’objet d’un prochain billet…
Revenons au cœur de notre sujet en mettant en perspective, au niveau national, les montants des salaires d’une part, des bénéfices d’autre part. La masse totale des salaires de l’ensemble des entreprises du secteur privé est de l’ordre de 500 milliards d’euros par an. En comparaison, les 40 sociétés du CAC 40 « dégagent » 100 milliards d’euros de bénéfices par an (à l’exception de 2009, « mauvaise année » où les bénéfices n’ont été « que » de 47 milliards d’euros). 40 entreprises réalisent donc un bénéfice égal au cinquième de la rémunération de tous les salariés du privé en France !
On le comprend mieux : aborder uniquement la question des retraites avec pour seul objectif de faire peser la charge de leur paiement sur les seuls salariés, c’est traiter volontairement le problème par le petit bout de la lorgnette et c’est surtout charger encore plus la barque de ceux qui, depuis 30 ans, n’ont absolument pas bénéficié des efforts qu’ils ont réalisés pour augmenter la productivité des entreprises, notamment des plus grandes.
Poursuivons en effet le calcul : le rattrapage de l’écart existant entre augmentation cumulée de la productivité et augmentation cumulée des salaires (35 à 45 % selon le mode de calcul ; voir ci-dessus) représente 168 à 216 milliards d’euros par an. Dans ces conditions, la centaine de milliards d’euros de déficit du régime des retraites que l’on nous présente comme un épouvantail est tout à fait « absorbable » par les entreprises, notamment les plus importantes, qui ont profité à plein, depuis 30 ans d’une productivité sans cesse accrue de leurs collaborateurs, sans les en faire bénéficier en retour.
Lundi
© La Lettre du Lundi 2010
mai 2nd, 2010 at 17:01
Le débat entre économistes passe complètement au dessus de la tête d’une grande majorité de citoyens, tous concernés par ce sujet et les positions intéressantes de cet article. Pour tenter d’expliquer aux enfants le financement d’ensemble de la protection sociale dont les retraites ne sont qu’une partie ( 50 % environ ?) , peut-on , à la DESCARTES, procéder pas à pas. J’aimerais savoir s’il est possible d’évaluer le total des financements (des risques maladie, viellesse, chômage , ATMP) qui sont l’objet de prélèvements obligatoires sur la charge des entreprises assujetties?
Personnellement , je sèche .
mai 2nd, 2010 at 19:52
Bonjour,
Sur ton graphique, la courbe “salaires” est en fait celle des “salaires nets”. Si tu mets la courbe “salaires bruts”,(les chiffres sont disponibles aussi) on voit que la courbe des salaires bruts colle à la courbe de la productivité.
http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/dossiers_web/partage_VA/Figure_2.1.xls
Ce sont justement les cotisations retraite qui font la différence: les deux courbes se dissocient à partir des années 80, date des premiers départs massifs à la retraite et des pré-retraites, qui commencent à peser sur les salaires à ce moment-là.
Maladresse ou malhonnêteté de ta part? Il y a assez d’escroquerie dans la dialectique gouvernementale: n’en rajoutons pas!
mai 3rd, 2010 at 07:19
Quelqu’un a-t-il fait le calcul pour savoir ce qu’il en serait des augmentations de salaires ou des diminutions de temps de travail si les (énormes) gains de productivité des 100 dernières années avaient été (au moins) répartis équitablement entre travailleurs et patrons?
mai 3rd, 2010 at 10:19
Bon Ok mais les dividendes du cac40 proviennent majoritairement des activités hors frontières. La majorité des entreprises se débattent juste pour ne pas disparaitre emplois compris, face à la compétitivité internationale. Allez-y, augmentez les charges en France et continuez à acheter des écrans plats chinois et prolongez la courbe qui est censé nous convaincre de votre solution…
mai 3rd, 2010 at 11:13
Vous remarquerez , comme moi , que le graphique ” salaires mensuels bruts à temps complet ” évoque irrésistiblement une arme à feu …
mai 3rd, 2010 at 16:24
saisissant votre article ! Que vaut la remarque de Pierrelane sur les salaires nets ? Fondée ou non ?
Amitié
François
mai 3rd, 2010 at 16:59
Je dis comme Françoise, peut ont avoir la source de ce graphique afin de voir les légendes SVP.
Il est clair que de toutes façons trop “volent” le pain des autres et non pas pour manger, mais pour s’assoir dessus…
mai 3rd, 2010 at 17:17
François et Duxter Newman, vous pouvez vérifier par vous même les chiffres grâce au lien que j’ai joint à mon précédent commentaire.
http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/dossiers_web/partage_VA/Figure_2.1.xls
Ce sont les MEMES chiffres que ceux qu’a utilisé le blogueur pour faire son graphique.
Vous pouvez reconstituer ce dernier avec la ligne manquante des “salaires superbrut” (c’est à dire incluant les cotisations sociales patronales et salariales) à l’aide d’un tableur (celui la suite Open Office par exemple).
Vous constaterez alors la pertinence de ma remarque et le peu de fondement au raisonnement tenu dans l’article.
mai 4th, 2010 at 23:03
Beaucoup de visites et plusieurs commentaires suite à la parution de ce billet sur la question des retraites : le sujet suscite des questions, des interrogations, voire des polémiques (« le peu de fondement du raisonnement tenu dans l’article »).
Les chiffres du graphique comparant salaires et productivité proviennent du rapport de l’INSEE « Partage de la valeur ajoutée, partage des profits et écarts de rémunérations en France » (http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/default.asp?page=dossiers_web/partage_VA/partage_VA.htm). Comme souvent, tout dépend de l’interprétation que l’on fait d’un document de ce type.
Sur la base de ces chiffres, j’ai volontairement opté pour une comparaison entre salaire net et productivité. J’y reviendrai plus loin.
On peut également choisir de comparer salaire brut et productivité. Dans ce cas, le phénomène observé reste le même : l’augmentation de la productivité depuis 30 ans a majoritairement permis aux entreprises - notamment les plus grandes - d’augmenter les dividendes versés aux actionnaires, et ce au détriment de la rémunération du travail. Seule l’ampleur du phénomène varie : d’un écart de 35 % si l’on compare productivité et salaire net, on passe à un écart de 14 % si le salaire brut est pris en considération (base 100 : 1979).
Mais doit-il l’être ? En d’autres termes, peut-on considérer que les charges sociales ont constitué un complément de revenu, une « protection sociale » bénéficiant directement aux salariés ? On quitte là le terrain de l’analyse mathématique pour entrer sur celui de l’interprétation politique.
Le bénéfice est assurément direct en ce qui concerne le paiement des retraites : c’est le principe même d’un système de retraites par répartition.
On peut être beaucoup plus dubitatif en ce qui concerne les charges ayant pour but de financer le système de santé. Alors que les cotisations sur les salaires liées à ce type de dépenses ont constamment augmenté depuis 30 ans, les salariés ont, dans le même temps, supporté à titre personnel une part sans cesse croissante de leurs dépenses de santé. A contrario, il serait intéressant d’étudier l’évolution de la profitabilité des sociétés pharmaceutiques depuis 30 ans…
Enfin, en ce qui concerne les prélèvements liés à l’indemnisation du chômage, « l’effet pervers » joue à plein : ils n’ont cessé de croître alors que les montants reversés aux chômeurs ont subi une évolution totalement inverse. Une indemnisation des chômeurs pendant un an à 90 % de leur ancien salaire, telle qu’elle était pratiquée en 1977, semble aujourd’hui totalement irréelle.
A l’inverse, les « revenus distribués aux propriétaires du capital », pour utiliser la terminologie de l’INSEE, ont plus que doublé ces 30 dernières années (voir http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/dossiers_web/partage_VA/Figure_3.2.xls), corroborant l’analyse selon laquelle, dans le partage de la richesse, le capital l’a emporté sur le travail.
Concluons ce commentaire sur la répartition de la richesse entre capital et travail par cette citation de Warren Buffet, le célèbre financier américain : « La guerre des classes existe, c’est un fait, mais c’est la mienne, la classe des riches, qui mène cette guerre, et nous sommes en train de la remporter. » Parole d’expert…
Lundi
mai 17th, 2010 at 15:10
Le budget annuel du ministère de la défense est de 39,3 milliards d’euros.
Ponctionnons 5% de cette somme et ça doit faire l’affaire.
Ce n’est pas pour cela que nous serons moins bien défendu!
mai 22nd, 2010 at 19:50
5 % de 40 milliards, c’est 2 milliards d’euros… mais on en cherche 50… Même en supprimant totalement la défense française - ce qui est une autre affaire et un autre débat - cela ne suffirait pas.
Lundi
mai 25th, 2010 at 01:19
Retraites : mettre fin aux faux débats !
Nous ne devons pas céder au chantage injuste à la dette !
1)La dette de la France est injuste, elle n’est pas le résultat de trop de santé, trop de services publiques, trop de fonctionnaires, trop de retraites… Mais elle est bien le résultat de la destruction de l’économie physique, et le pillage des établissements bancaires avec de lourds intérêts composés sur la dette depuis la fin du crédit public productif de la Banque de France. La loi Giscard Pompidou du 3 janvier 1973 puis le traité de Maastrich interdit au gouvernement d’émettre de la monnaie et oblige de fait de s’endetter avec des taux d’intérêt aux banques privés !
Chaque jour nous subissons un bourrage de crane qui appelle les citoyens au bon sens avec de mensonges patentés, comment garder une retraite à taux plein si la population vieillie etc etc !
Nous devons sortir de la mentalité monétaire, la mentalité calculette, c’est bien la peine de faire de si grande étude pour apprendre à faire des divisions. Nous devons apprendre les principes de l’économie physique.
1)Une économie à taux plein d’emploi sans chômage ! Et oui c’est minimum avant de parler de rallonger le temps de travail !
2)Un retour à l’économie productive, et non une économie de financier et de commerce ! Une économie productive peut permettre de redistribuer les vrais fruits de la croissance physique. L’argent n’est pas un richesse, personne ne vit en mangeant des billets.
Ceci suppose de sortir de la logique de pillage de notre système actuelle.
La force publique et nos responsables politiques doivent reprendre la main sur les intérêts financiers, nous devons remettre en place la loi Glass Steagall à la Française afin de séparer les banques par activités. Les banques de dépôts séparer des banques d’affaire et des compagnie d’assurance afin de remettre les banques à leurs place, travailler pour faire vivre l’économie physique et non jouer l’argent dans la spéculation et les casinos financiers.
Citoyens, nous devons nous organiser pour mettre en place une alternative. Vous voulez vous battre pour connaître les agissements des intérêts bancaires et financiers alors rejoins moi sur facebook : http://www.facebook.com/group.php?gid=104166076293247&ref=ts
David CABAS
http://david.cabas.over-blog.fr
juin 29th, 2010 at 18:04
Les francais veulent bien toucher la retraite sans rien en contre partie ca c’est tipiquement francais
mitterand a voulu passer a 60 ANS voila le bordel de toute facon avec tout le social qu’il a fait nous voila dans la merde
je suis ok pour 62 ans et cotiser de mon cote et suis ok pour taxer les retraites pour financer la fin de vie tous le monde gueule contre cette idee mais une fois arrive a cette echeance la ils seront content d’etre aide par un financement publique
marre de toutes c’est greves a repetitions on passe vraiment pour des cons dans le monde